Le Maroc

Marrakech et la côte Sud-Ouest

C’est sur un coup de tête en Mars 2019 que je décide de retrouver mon ami Ahmed à Marrakech au départ de Madrid.
Parapentiste rencontré lors d’une de mes aventure aérienne, c’est par le plus grand des hasard que je fus ramassé en faisant du pouce par une volante équipée et que nous sympathisons le temps du trajet.
Ce natif du Maroc venu sur Annecy quelques jours, est tout comme moi très enclin à se laisser vivre et profite tant que faire se peut de la vie et du temps paisible.
Le feeling passe, numéros de téléphone échangés, ce ne sera qu’un an plus tard que nous nous rencontrerons vraiment, chez lui.

Je suis toujours à Manzanares el Real et J’abandonne mon van pour un temps.
Arnaché d’un énorme sac biplace de parapente rempli de divers matériel et peu de vêtements, j’embarque en avion depuis Madrid pour rejoindre Marrakech.

Sensiblement amer de délaisser ma maisonnette mobile, l’expérience n’en sera que plus enrichissante étant bien obligé de dormir à gauche et à droite sans points d’attaches. Ahmed sera d’une bienveillance incroyable à mon égard et me fera découvrir certaines racines du Maroc tout en me poussant à de nombreuses rencontres. Un état d’esprit où subsistera une trace à jamais.

Encore une fois… Le voyage de l’inattendu.

Je lui dédie donc ce récit, en espérant le revoir bientôt autour d’un thé à la menthe sur d’une plage désertique.

maroc parapente

J’arrive à Marrakech au milieu de la nuit, Ahmed me récupère et nous faisons plus ample connaissance. Nous allons chez son frère pour y dormir et d’un commun accord nous aviserons le lendemain.
Ce sera la première nuit d’une longue série à m’étaler au choix sur, un canapé, une banquette, un tapis et parfois un lit, j’aurai pu écrire durant ce séjour un guide sur les meilleurs sofa du Sud-Ouest du Maroc.
Ne nous méprenons pas, quelle chance ! Et quel accueil d’une grande générosité dont nous manquons cruellement de part chez nous !

Durant les prochains jours nous irons visiter plusieurs membres de sa grande famille en périphérie de Marrakech. Ce sera l’occasion pour moi de longues et intéressantes discussions, je me risquerai parfois sur des sujets sensibles, (la condition des femmes et l’éducation des enfants face à la religion entre autre) toujours avec curiosité dans un intense désir d’apprendre.
Je serai souvent surpris par nos dialogues et inviterai tous les voyageurs à venir dans ce pays avec humilité et ouverture d’esprit, vous n’en reviendrez que grandit.

Des moments d’intense paix dans des jardins ensoleillés peuplés d’orangers et d’agrumes diverses face au moyen et grand Atlas ou j’irai plus tard faire un tour.

Apres quelques jours nous partons à l’aventure, tout d’abord direction Aguergour pour visiter un spot de parapente. C’est instantané, je tombe amoureux de l’endroit, de ses gites à ciel ouvert ainsi que l’immense terrain de jeu qu’offre la vallée.
J’y reviendrai dans quelques semaines mais pour lors nous repartons plein Ouest en direction de l’océan tout en faisant quelques haltes chez des connaissances d’Ahmed.

Je sors ma voile dès que possible, visiterai des sites dits populaires pour voler, longeant la côte en partant de Safi, puis Essaouira (ou je reviendrai la aussi à la fin de mon voyage), Imsouane, Agadir, Tafraout, Tiznit, Mirflet, Legzira, pour finir à Sidi Ifni qui sera mon grand coup de cœur.
Je dois bien avoué que je n’ai pas vraiment apprécié les spots connus comme le nid d’aigle. Trop de monde, trop de blablas parapentesque, trop de, regarde j’ai la plus grosse je fais des cross à 4000 d’Essaouira au Mali. Bref la même rengaine que de part chez moi, et surtout pas l’ombre d’un pélot qui marche un tant soit peu pour s’aventurer sur les butes sauvages… Je ne critique pas mais ma pratique est foncièrement différente, pas meilleur qu’une autre, juste différente.

Nous passerons aussi par Tadouart afin de rendre visite aux anciens de la famille d’Ahmed.
Le temps d’une brève journée, je serai touché par l’endroit, désertique et d’une grande beauté pour qui apprécie les étendues dépouillées, mais malheureusement proche de l’abandon. Les familles ne survivent que difficilement d’une agriculture rendue désuète face à la mondialisation.
Plus assez de travail, un art de vivre qui a dû laisser place au progrès et ses “bienfaits”, les paysans et bergers devenus obsolètes se trouvent désemparés et attendent… Attendent…
Ce fut grand plaisir de découvrir ses gens, passer quelques moments avec les enfants et les anciens, toujours d’un accueil d’une infinie gentillesse. Je ne les reverrai sans doute jamais mais ses beaux souvenirs resteront ancrés en moi et laisseront une trace indélébile.

La prochaine étape marquante de mon périple est Sidi Ifni, je regretterai à ce moment de ne pas être venu en van. L’endroit est propice aux nomades, une plage majestueuse à perte de vue, des collines invitant à l’aventure et surtout enfin pouvoir voler sans contraintes !
J’effectuerai de nombreuses envolées ici même, prendre un peu de hauteur et s’effacer face à la mer, me laisser dériver quelques instants puis se poser les pieds dans l’eau devant les embruns.
C’est la nostalgie de ceux qui ont grandis aux abords de l’océan, le ressac apaisant, la moiteur tiède et salée de la mer.
Le temps s’étire aux ralentis, tranquille au rythme des vagues et du cœur de l’eau.

Magnifique.

Sidi Ifni Maroc

Apres quelques jours Ahmed doit rentrer à Marrakech et je décide de retourner vers Aguergour qui m’avait tapé dans l’œil.
Nous arrivons au gite en fin de matinée, une chambre est disponible, en quelques minutes j’ai posé mon imposant sac et m’installe tout en faisant connaissance avec d’autres voyageurs.
Je laisse pour une temps Ahmed et décidons d’aviser dans une dizaine de jours.
L’occasion de rencontrer une chouette bande d’oiseaux en herbes, ce sera le premier spot dit de parapente organisé que j’apprécierai.
Comme toujours je me lève aux aurores, et profite de se calme serein pour monter sur la terrasse à ciel ouvert, médite et m’étire, puis arrive bientôt, encore endormies quelques personnages. Bracelets aux pieds, tatouages éparses, la candeur de ceux vivants à moitiés nus et laissant faire l’irraison. La gentillesse des uns, la beauté des yeux de certaines, le soleil berce les corps et rend les émotions graciles… A momentary lapse of reason.

Les journées sont belles,  notre temps consacré à monter à pieds ou en Jeep sur la bute dominante pour retrouver le décollage. Au loin nous apercevons le Toubkal, point culminant du grand Atlas situé à 4167m de hauteur. Une certaine envie d’y aller en marche et vol et d’en faire l’ascension, mais le manque de matériel et de connaissances me stopperont dans mon élan… Je me suis promis d’y retourner un de ses jours.

Les soirées sont musicales et animées autour de délicieux repas fournis par le patron du gite. Le haschich est puissant et enivrant, les rencontres douces et agréables, quand ce n’est pas soleil qui attise, ce sera la nuit et ses secrets.

Dans ses moments nous arrivons à abdiquer face au sens de la vie, les dogmes n’ont plus leur place ici, seul compte la qualité du temps qui passe, des entractes qui remplissent nos valises et éjectent au loin le trop plein superflu.

Quelques au revoir allant directement dans la case nostalgie, je laisse derrière moi une histoire qui continue de m’apaiser quand l’esprit divague.
Je rejoindrai Essaouira pour la fin de mon séjour, jolie ville de pécheurs, les vacances scolaires arrivent, beaucoup de touristes, trop de monde à mon gout, les meurs changent de par l’invasion massive.
Encore quelques jours et je retrouve Marrakech, le temps de remercier Ahmed et sa famille, je m’envol cette fois dans une carapace de métal pour retrouve Madrid, mon van et mon petit village médiéval.

See you soon Morocco !