Le Désert

Bardenas Reales

“I’ve been through the desert on a horse with no name
It felt good to be out of the rain
In the desert you can’t remember your name
‘Cause there ain’t no one for to give you no pain”

Le désert et son lent murmure des chimères qui le peuple. Une étendue aride à perte de vue, un océan inerte qui fige l’instant. Le regard porte loin, ouvre les horizons de l’esprit, sans aucunes barrières pour contrecarré l’imagination, c’est l’invitation de tous les voyages.

Arrivé ici par hasard lors de mon périple sans but, ce sera le commencement de mon trip en van et d’un style de vie différent. Parti à la recherche d’une question, mais ne souhaitant pas pour autant trouver de réponses futiles. Une introspection sur le fil de l’équation aux nombreuses inconnues.

C’est le vague à l’âme que je passe par le village d’Arguedas et décide de bifurquer dans le parc de Bardenas Reales. Se désert est une réserve naturelle où l’érosion toute particulière à fait son œuvre. Situé en Navarre c’est une des plus vaste région désertique la péninsule Ibérique.
M’engouffrant timidement sur des chemins caillouteux, mon camion s’agite de soubresauts et laisse derrière lui un imposant nuage poussiéreux.
L’accès est libre au publique mais il est interdit d’y passer la nuit que cela soit en bivouac ou par d’autres moyens.
Ne sachant pas si l’endroit me sera propice, je m’enfonce plus profondément en son sein, le spectacle est magnifique, sans fioritures, clairsemé parfois d’arbustes survivants dans des conditions peu favorables. Au loin les canyons se dessinent en colosses éreintés par le temps.

Quelques virages hasardeux et j’arrive vers une zone où les touristes locaux viennent se dégourdir les jambes et profiter du temps clément. L’endroit est connu dans la région mais peu fréquenté.
D’ici je pars quelques heures explorer les alentours. D’un grand calme, les vautours planent au loin et le soleil de sa chaleur maternelle m’enlace. Une plénitude s’installe où seul le bruit de mes pas vient troubler cette contrée abandonnée.

C’est décidé, je passerai la nuit dans les environs. Les interdictions n’étant pas mon fort actuellement mais ne souhaitant pas dérangé pour autant, j’irai cacher mon van du mieux que je peux des routes qui zèbrent le terrain.
Pas besoin d’aller bien loin, derrière une pyramide naturelle en quelques coups de volants je camoufle mon rouge carrosse peu discret.

La nuit tombe, l’air se refroidit puis devient rapidement glacial.
Le contraste est saisissant, plus un bruit. Mon souffle expire des volutes mélancoliques qui viennent caresser mes états d’âme du moment. Je ne m’épandrai pas car ils sont peuplés de démons moqueurs aux visages déformés.
Le début d’une aventure, le début du voyage de l’irraison.

Au petit matin le soleil s’élève et s’étire, chasse la brume éparse, the house of the rising sun résonnent en psaumes le temps d’un café. Je pars déterminé à l’aventure des mystères dont regorgent surement les lieux.
Ne sachant pas trop où aller lors cette première exploration, je décide d’emprunter des chemins menant vers quelques notables points hauts.
L’endroit est fantastique, monotone et pourtant regorge de nombreuse chose à découvrir. Une rigole aux formes écorchées, des dédales de petits canyons dans lesquels je descend et m’échappe rapidement par quelques pas d’escalade, des ossements jonchés au détour d’un monticule.
Un garde du parc conduisant une jeep me fait signe au loin, je chemine sans but me dirigeant là où mon regard se porte.
Je rentre après plusieurs heures, aillant repéré de lointains canyons que je souhaite approcher dès le lendemain.

C’est aussi l’occasion après quelques jours de mon départ, de me confronter à une vie sans artifices, sans les confortables inventions qui peuple nos vies sédentaires. Ici point de machine à laver, d’eau courante ou de chauffage ni même de téléphone. J’apprécie de réapprendre, utilise mon imagination et mes mains à des choses essentiels. Cultiver le jardin du temple, même si il est en ruine. Après tout j’ai bien choisi de confronter l’inéluctable.
La nuit n’apporte que peu de réconfort et c’est l’heure où les démons se rient de moi, dansants nus à l’image du païen que je suis.

Aujourd’hui je pars pour ne revenir que la nuit tombée, quelques heures de marche pour arriver à ses piliers cyclopéens terrassés par le temps, m’engagé dans des parois abruptes et souvent rebroussé chemin étant bloqué par des obstacles infranchissables.
J’arrive en début d’après midi en haut d’un immense canyon qui surplombe la vallée, c’est un panorama sans limite qui alors s’offre à moi.
Une paix incroyable s’installe, à cette instant précis ma vie est ici, au beau milieu des étendues où rien ne pousse ou presque. Je trouve en moi une plénitude apaisante, un silence réparateur.
Émerveillé, du sens qui doucement prend forme, “la vie est ailleurs, il est parti, c’est qu’il se lève à l’aube…”
Je monte sans cesse sur les points hauts, inconsciemment sans doute face à l’élévation vers laquelle nous tendons tous, mais pourquoi ? Par quel instinct ?
L’animal qui est en moi se prélasse, refait surface, le désir sexué d’être nu au sein de la nature, l’abandon, total et salvateur. Retrouver l’essence de la puissante vie, une énergie immense. Délire hippie façon transcendance mystique, quelque chose alors touchera l’égaré, qui en pleine conscience embrassera l’abandon pour y trouver… Une esquisse de réponse.

Ou est donc passé le plaisir simple, le fantasme qui façonne l’imagination ? Y tendre c’est enfin se réapproprier une partie de notre profonde nature.

Je passerai encore plusieurs nuits dans le désert, explorant ses moindres recoins, j’en garderai un souvenir poignant, quelque chose que je peux partager maintenant en écrivant ses lignes mais où je ne retournerai que seul. Un arrêt sur image à chérir au fond du cœur et qui ne dois rester qu’a soit.

Dans quelques jours je serai au nord de Madrid à Manzanares el Real, encore une fois par le plus grand des hasard… Là ou ma vie prendra un nouvel envol malgré le plomb dans l’aile.

Le voyage est infini, il se trouve des récits fantastiques dans les yeux de l’errant… Ouvrirez-vous les vôtres ?