Orpierre

On the road again

Ouvrir les vannes et tourner le dos aux actes respectables, vroum vroum en un tour de clef le décors défile, un dernier coup d’œil dans le rétrospectif, je laisse le vent et les effluves du sud souffler sur l’état d’âme nostalgique.
Farewell Chamonix il est temps de retrouver la chaleur de l’accent chantant.
Le cœur et le corps saturés, je rejoins le village d’Orpierre pour y trouver l’aventure et l’inconnu.

Hit the road Jack, accompagné de mon binôme du moment, Bitchy Prune avec qui nous partageons le même enthousiasme pour tout et n’importe quoi.
Enfin c’est surtout par hasard qu’au lieu de rallier le sud de la France, nous nous arrêtons en apercevant le panneau bordant la nationale… Tiens pourquoi pas, parait que ça grimpe par ici.

Une marche arrière plus tard et quelques kilomètres avalés, Bitchy Prune and I, atterrissons devant le clocher du village.
Joli petit hameau où tous les habitants ont l’air un peu bourrés et un peu jouant aux boules. Nous faisons le choix peu futé de dormir trop prêt de dieu. Ce dernier nous cassera bien les noix toute la nuit à sonner le glas chaque heure, voire même clochetonner en canon pour une raison inexplicable ! Les voies du seigneur sont impénétrables dit-on.

C’est le matin, les yeux globuleux n’aillant pas trouvé moyen de plastiquer l’édifice religieux pendant la nuit, nous partons comme tous pèlerins chercher un topo et armé de nos petits chausson de danseurs afin de se faire une première idée, fonçons directement braver le cailloux assez poli dans les zones populaires il faut bien le dire.

Gorges de la méouge

L’endroit est splendide, engoncé dans un cirque de collines (les locaux me feront remarqués un peu agacés qu’on préfère ici parler de montagnes et non pas de buttes), nous trouvons aisément un secteur sympa dans “la cascade”, qui porte bien son nom. Rapidement nous établissons un camp de base avec hamac, chien, paillasse et baignade en tenue légère.

Pas fous nous déplaçons les vans en contrebas pour être loin du religieux bruit nocturne. La place du village offre de l’eau potable, nul besoin de plus, sauf un poil de réseau aurai été cool car les opérateurs n’ont jamais dû voir cet endroit sur la carte ! Tu peux à peine appeler le 18 en cas de problème, c’est indiqué sur le tél “appel d’urgence uniquement”. Du coup pas possible de bosser sur le site car tout est en ligne. Tellement roots moi et Prune, c’est la panique sans téléphone !
Blague à part on fait avec et on s’en fout.
Nous explorons les secteurs, on dénote quelque peu avec nos conneries et nos fous rires, ici à priori on ne rigole pas, on grimpe en faisant la gueule ! La cascade devient notre fief et nous ne prenons plus la peine de nous rhabiller pour retourner au village (ok le minimum de la décence vite fait).

Des moments insignifiants mais importants pour nous, on rafistole nos p’tits problèmes en riant, le leitmotiv d’un ami grimpeur que nous appliquons minutieusement à la lettre : “Tu grimpes et tu bois des bières !” C’est chose faite Padre.
On se dit qu’on devrait manger des graines et faire du yoga comme tout varappeur qui se respecte, mais bon, on verra ça dans une autre vie promis.

Une sympathique grande voie plus tard, où de sérieux couinements seront émis (la bière sans doute), et quelques rencontres pour égailler notre parking grincheux (la bière sans doute), nous décidons d’explorer les gorges de la Méouge à quelques bornes d’ici.

Orpierre

Splendide, pas encore trop de monde, baignade et escapade dans le canyon avec ma chienne tarée, Je finirai en compagnie de Sieur G. par aller voler sur la colline, montagne pardon, de Laragne ( Porte Sereine pour ceux que ça intéresse) où nous croiserons les locaux du coin.
Un joli vol, quelques photos, du houblon trafiqué, une échappée en combo boxer sandale (non je ne suis pas Exhibe), la vie est belle et la nuit venue les conversations résonnent à tout va.
Un joyeux petit groupe de quatre van se ballade par ci par là, on nous demande souvent pour quelles raisons nous “intervenons” ? La photo vous donnera une esquisse de réponse j’imagine.

Notre temps s’étire entre spots de grimpe, randonnées, courir après le chien qui vagabonde, et chill mode de haute volée. Malgré tout nous réfléchissons sérieusement sur le sens de la vie, toujours entre deux chopines mais zappant les graines pour des choses plus graillonnantes.

Nous finirons par rattacher le lac du Criou, et nous aurions du avoir la bonne idée d’y aller plus tôt. Un immense parc en bordure d’un lac artificiel avec une chouette butte à parapente en arrière-plan. Difficilement compréhensible météorologiquement parlant, nous ferons tout de même un petit vol au-dessus de la mare.

Notre groupe se forme et s’étiole au gré des envies et besoins de chacun, les différences des caractères n’en déplaise, je les trouve le plus souvent intéressantes car elles ouvrent les voies de la réflexion, constatant souvent le même atome crochu, la liberté pour résoudre le refus d’une réalité qui ne nous correspond pas.

Alors oui, en lisant ces lignes on doit se dire, ok ils sont rigolos les voyageurs mais nous on trime comme des forçats et ils n’en foutent pas une ! Pas faux, pas si facile non plus. Je pense qu’ayant choisi de se libérer par le refus du système nous développons une sensibilité particulière, qui nous desserre soyons bien d’accord là-dessus, mais que j’affectionne. Vivant, pour la plupart d’entre nous avec peu de moyen, bossant à gauche et à droite quand besoin est, nous avons sans doute trop de temps pour cogiter nos petits drames, ses derniers prenants souvent des ampleurs démesurées. Ne remplissant pas notre réservoir par le tangible nous compensons par l’émotion, ce qui inclus différents états d’échange avec l’autre. N’étant pas un objet, cet autre inconnu(e) se plie rarement à notre volonté et c’est sans doute une rivière d’énergie chaotique que nous suivons à tâtons. L’émotion du fragile dans laquelle rien n’est vraiment acquis.

Je me retrouve maintenant après avoir quitté le no man’s land dans l’opulence et un cadre de rêve pour toutes personnes normalement constituées, pourtant je me sens prisonnier et l’appel des sirènes du large me lacère. Sachant quand je ne suis plus à ma place, même les retrouvailles avec un cher ami d’enfance ne fonctionnent plus tout à fait.
La situation s’est inversée, par le passé je me disais souvent, état du juvénile rebelle oblige, que les autres ne me comprenaient pas, maintenant, et cela m’attriste je ne suis plus apte à assimiler mes congénères… La solitude s’installe, mon égérie me manque aussi cruellement.
Profondément, inlassablement, serai-je capable d’une réinsertion ou faut-il continuer à désapprendre pour embrasser l’instinct ?
J’accepte pleinement la critique quant à mon mode de vie et ma psyché brinquebalante, mais ai-je encore envie d’expliquer mon évidence ?

L’aventure reprendra dans quelques jours, je suis retourné au coin du feu de l’allégorique grotte mais, je connais maintenant le chemin qui en sort.