Libertés atrophiées

Libertés atrophiées

Quelle audace du destin de me traiter ainsi ! je m’offusque en ce mois de Mai d’être contraint à un surplus de confinement comme on dit maintenant, pour cause de blessures amers.
Etonnant ? Pas tant que ça. Souvent sur le fil entre deux extrêmes, pourtant habitué des cimes, je chus de la hauteur d’un peuplier nain pour fendre les quelques os fragiles de ma patte postérieur.
Fuck, que vais-je donc faire de cette énergie bouillonnante et de la dévoreuse frustration accumulée ?
Peu de temps avant ce malencontreux événement, tel un incontrôlable électron, le jeu de cache-cache m’aura bien amusé un moment et forcé à plusieurs reprises, de décamper aussi vite que ma chienne pour me mettre à l’abris du regard des défenseurs du grand Media et ses interdictions intempestives.

Non, non, je ne me risquerai pas à tergiverser sur le point de vue bien particulier qui m’habite, et cela en définitif n’a aucune sorte importance car il n’est point vérité.
La liberté ne s’explique plus, calfeutrée dans le carcan d’un autre temps, nous sommes bien à l’époque de la communication dans son sens le plus péjoratif. Notre sacro seigneurie boite à images, nous communique une information, une volonté.
A ma mémoire revient ses quelques mots d’un homme fort sage dont les paroles raisonnent toujours :”Une information c’est un ensemble de mots d’ordre, quand on vous informe, on vous dit ce que vous êtes sensé devoir croire .
Bref, plutôt que de me mettre la masse à dos je m’adonne au glissement, comme dit le roi Angus, moi j’clapse la wax mec.

Glisser, c’est bien le cas, accidentellement physiquement parlant mais aussi de manière plus pernicieuse et volontaire, psychologiquement. Parfois certes un tant soit peu à contre cœur, je choisi des actes, de mon plein gré, et essaie d’être apte à prendre les responsabilités qui en découlent.
Un moral temporairement foutu en l’air, d’avoir cru en quelque chose sans en être dans le besoin. Surement une vieille habitude, mais aussi le long processus d’apprentissage dont je fais l’objet depuis mon départ.
Partager un moment de vie avec quelqu’un, c’est prendre un pari contre le futur, comme quand on attaque une virée ou ça va chahuter.

Je m’acoquine à des gens extraordinaires, au sens premier du terme, qui sortent de l’ordinaire.
Il faut donc s’attendre à des résolutions elles aussi extraordinaires, des éclats rayonnants et des intempéries fracassantes.
On n’oublie pas la reine de Sabbath en un clin d’œil, la nostalgie entraîne parfois l’aveuglement partiel du temps présent.
Nous cherchons, nous cherchons ardemment le renouvellement d’un moment, d’une action, le mouvement géométrique de l’état gracieux. Je reste vague dans mes propos je m’en excuse, je ne fais que quelques remous dans l’océan de mes pensées.

Ce que je tente dans mes phrases énigmatiques, c’est de retrouver ce rythme enivrant, où le sens laisse place à la mélodie. Celle de mon enfance en découvrant les héros électriques sans paner un mot d’Anglais. C’était la ritournelle de l’émotion brute qui transporte, celle du nouveau-né qui n’ayant pas encore accès à la compréhension, ressent tout.

L’innocence !

Alors dans un jeu de l’esprit je m’imagine octogénaire, amoché, possibilités amputées, m’interroge quant à l’utilisation du temps qui passe. Je relis Tanizaki et c’est si beau, tellement bien écris. Un opéra subtil d’allocutions savoureuses jamais futiles.
Comme j’ai honte d’écrire ses quelques phrases qui bariolent la toile !
Je me dis que si nous nous comparons sans cesse aux maîtres des arts nous ne tenterons jamais rien, alors avec humilité je couche sur le papier quelques pensées.
Mais après tout, et c’est un état d’âme, il faut se lancer dans l’inconnu.

Tout en parcourant les pages des scribes maudits, je me demande à quel point les mots ont perdus leur sens.
Un mot ce doit d’être d’une définition totale, nous employons tant de paroles sans réfléchir, à tort et dans le travers, qu’il est devenu difficile de s’exprimer pour être compris avec cohérence.
Ce début d’année donc est ainsi, discernant le dialecte que je souhait employer et la direction vers laquelle je tends, mais bloqué par mes propres actions où celles lancées par la dictature.

Les émotions ne me submergent plus, j’ai appris le calme dans la tempête, cherché à piper les dés pour m’octroyer le tirage escompté. Cela n’empêche pas pour autant d’aimer, profondément, sans vouloir posséder. Il est parfois difficile de faire comprendre à l’autre, que la liberté donnée n’est pas signe de désintérêt, et que chérir la sienne ne signifie pas l’éloignement.
Comme je déteste tous ces proverbes à la con scandés à tout-va, “loin des yeux, loin du cœur” le parfait exemple, de cette fierté toute contemporaine des personnes malhabiles, arborant le sourire niait du trait d’esprit cru réussi… “Tant va la cruche à l’eau qu’a la fin elle se brise…” Mouais, la cruche c’est toi dude.

J’ose espérer qu’il y’a encore un peu d’amer sincérité dans nos verres de vin, c’est au début une sensation difficile à appréhender puis l’on prend rapidement gout à ce qui deviendra nectar… La vérité n’est pas faite pour plaire, c’est un acte fort de respect.
Vais-je regretter d’exprimer ma vérité ? Négatif, mais je n’ai pas non plus à la cracher à la face du monde.
La libre pensée est un mythe philosophique, un jeu de l’esprit qui tend à disparaître, auquel je ne sais plus avec qui jouer.
Atrophiée est ma liberté, par des interdictions, un pied cassé et un silence obligé.
Ces discussions endiablées avec ma douce me manqueront, mais quand je criais liberté ! Elle répondait… Inégalité… Et c’est donc tout mon être qui s’en retrouvait estropié.

Il n’empêche de pouvoir continuer sa route, une histoire c’est un souvenir de plus pour construire la vie que l’on désire, alors j’en raconte des histoires, des comptines, des bribes de passé. Les échos raisonnent au loin pour traverser les plaines, les contrées, et peut être arriver aux oreilles d’autres voyageurs.

In memoriam.